Planète Economie

Tout l’internet du monde de l’économie

Un peu de théorie des jeux en images

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Un billet du fainéant écologique, où je me permets de recycler une petite présentation préparée pour mes étudiants du master APE. Bon c’est un peu honteux, mais je prépare un billet plus long et ça prend du temps. L’idée était de motiver les dits étudiants à préparer deux TD assez ambitieux via la présentation suivante :

De jolis transparents pleins d’images

On reconnaîtra sans peine les jeux suivants :

-Le fameux mille-pattes de Rosenthal (1981), un bon vieux classique sur la récurrence à rebours où expérimentalement des étudiants peuvent battre des maîtres d’échecs, parce que les seconds prennent les premiers pour des buses.

-Un jeu de dissuasion, et notamment le jeu du kidnapping de Selten, où la encore on montre que la récurrence à rebours conduit à un paradoxe, mais aussi comment introduire un peu de rationalité limitée permet de retrouver un résultat intuitif.

-Une flopée de jeux d’échange, là il s’agissait d’une version simplifiée du modèle de Glosten et Milgrom (1985), qui permet rapidement de voir que chaque échange apporte un profit espéré négatif pour qui ne dispose pas d’une information que le marché n’a pas.

-Le jeu de signal de Spence (1973), où l’on comprend facilement qu’arriver devant un recruteur en disant « non mais attendez j’ai quand même eu 16 à un partiel de théorie des jeux » peut en fait être très convaincant.

-Le fameux jeu « bière ou quiche » de Cho et Kreps (1987), qui montre bien que dans un bar tous les hommes sont forcés de boire de la bière, sous peine de faire penser qu’ils ne sont pas de « vrais mecs », même s’ils préfèreraient prendre un petit cocktail sans alcool. Bon il y a aussi un enjeu théorique important dans ce modèle, mais c’est un détail.

-Le jeu du handicap rationnel, issu de Zahavi (1975) et formalisé par Grafen (1990), moins connu que les précédents mais que pour ma part j’aime beaucoup comme exemple de jeu de signal, même si la valeur de l’application à la biologie est discutée. En revanche je crois beaucoup à l’application aux humains. Enfin je tiens à signaler que je suis contre le fait de torturer des pigeons pour vérifier que leur comportement est conforme à la théorie du choix rationnel (authentique, aussi en livre). Mieux vaudrait les manger.

-La publicité vue comme une façon de « brûler de l’argent » afin de signaler la qualité d’un bien, article original là encore célébrissime de Milgrom et Roberts (1986). Un article qui aurait pu trouver une superbe illustration au premier degré si l’opération publicitaire de Mailorama n’avait pas été finalement annulée.

Bon avec ça j’espère que ça fera trente personnes qui ne s’imagineront pas que la théorie des jeux s’arrête au dilemme du prisonnier. C’est quand même une chance d’avoir de bons étudiants, même si je commence à avoir peur quand certains se révèlent être de dangereux passionnés du jeu du colonel Blotto.

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Le porno sur internet augmente-t-il le nombre de viols?

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Mercredi, un fait divers particulièrement scabreux s'est déroulé à la gare de la Part Dieu, à Lyon : une jeune fille de 14 ans a été victime d'un viol collectif, sous les yeux d'une quinzaine d'adolescents, dont certains ont filmé la scène. En réaction, le maire de Villeurbanne a déclaré que «la circulation d’images agressives sur internet tend à banaliser des gestes d’une grande violence». Lui emboîtant le pas, Ségolène Royal a déclaré sur twitter que cela mettait en évidence la "gravité de la dégradation de l'image des femmes sur internet", précisant ensuite qu'elle faisait allusion aux "images pornographiques accessibles aux ados qui en perdent leurs repères".

Il y a là un vieux débat. Les images pornographiques ou violentes rendent-elles les spectateurs plus violents et sexuellement agressifs? Ou jouent-elles un rôle de catharsis, permettant d'assouvir ses passions violentes sans passer à l'acte? En langage économique, l'image sexuelle joue-t-elle un rôle de substitut à la violence sexuelle réelle - auquel cas, la diffusion plus générale de la pornographie aura pour effet de réduire le nombre de viols - ou de complément -auquel cas, elle l'augmentera? Ce débat est l'occasion d'illustrer la façon dont on peut apporter des éléments de réponse à cette question.

Comme toujours dans les sciences sociales, le problème est d'identifier des causalités dans des phénomènes sociaux extrêmement complexes, pour lesquels on manque cruellement de données. Il ne suffit pas, par exemple, de constater qu'un violeur téléchargeait des films pornos sur son ordinateur pour établir une causalité : l'écrasante majorité de ceux qui visionnent du porno ne commettent pas de viols (heureusement d'ailleurs). Essayer d'estimer qui regarde du porno sur internet n'est pas facile : ce n'est pas le genre de sujet sur lequel les gens s'expriment de façon sincère. On pourrait ajouter que c'est un sujet chargé émotionnellement.

Pour s'en sortir, un premier moyen employé par les chercheurs est celui de l'expérience en laboratoire. Dan Arielyet George Loewenstein ont ainsi procédé à une étude célèbre, en soumettant des étudiants au test suivant. Le groupe d'étudiants (tous masculins) a été divisé en deux. A un premier groupe, on pose des questions portant sur la prise de décision en matière sexuelle ou de séduction, sur l'opportunité d'avoir des rapports protégés, sur le fait qu'ils seraient prêts à faire boire une jeune fille pour avoir plus de chances de la conquérir, etc. A l'autre groupe, on pose la même série de questions, mais en leur montrant dans le même temps des images sexuellement excitantes, et en leur demandant de se masturber pendant le questionnaire (l'article précise qu'il était possible de répondre au questionnaire, sur ordinateur, d'une seule main).

L'effet constaté est notable. Les étudiants sexuellement excités se déclarent beaucoup plus disposés à utiliser tous les moyens pour avoir un rapport sexuel que les autres. Le taux de réponse positive à "seriez vous prêt à faire boire une personne pour avoir un rapport sexuel" passe de 46 à 63%; la proportion de ceux qui continueraient à essayer après un refus passe de 20 à 45%; ceux qui seraient prêts à faire prendre une drogue passent de 5 à 26%. La proportion de ceux qui se déclarent prêts à avoir des rapports sexuels non protégés, ou risqués, augmente de la même façon sous l'effet de l'excitation sexuelle.

Ces résultats vont dans le sens de la thèse de l'incitation : les images pornographiques rendues disponibles dans l'expérience rendent les personnes moins prudentes, plus disposées à exercer la contrainte pour assouvir leurs pulsions sexuelles. On peut penser alors que la pornographie, rendue plus disponible, aura pour effet d'accroître la propension à commettre des violences sexuelles. Mais ces études posent un gros problème : en quoi le contexte de l'expérience en laboratoire est-il transposable à la vie réelle?

Mettez-vous à la place des étudiants servant de cobayes à cette expérience. La masturbation est en général une activité intime, et à de rares exceptions près, on n'aime guère être observé quand on s'y livre. Dans quel état seriez-vous à leur place? Observé par des adultes (vos profs à l'université...) en train de se masturber devant des images pornographiques, et devant dans le même temps répondre à des questions comme "préférez-vous faire l'amour avec la lumière allumée?" Il y a de quoi trouver l'expérience extrêmement inconfortable, et perdre sa capacité de jugement, s'énerver, n'est pas très étonnant dans ce contexte.

Par ailleurs, quand bien même l'effet constaté est réel et transposable à la vie courante, en quoi celui-ci "imprègne-t-il" les comportements et les perceptions? Après tout, on peut très bien imaginer qu'une personne en train de se masturber devant un porno soit, à l'instant t, plus disposée à la violence sexuelle; mais ce n'est pas du tout incompatible avec le fait, une fois son affaire faite, d'être plus calme, assouvi, et de ce fait moins à même de commettre un viol une fois que l'on aura jeté son kleenex usagé dans la poubelle. Il est donc extrêmement difficile de savoir ce que l'on peut vraiment retirer d'une telle expérience en laboratoire.

Il est donc nécessaire de recourir à d'autres méthodes. D'essayer, autant que possible, d'étudier ce que les données réelles indiquent. Une première remarque, c'est que depuis les années 70, à partir desquelles la pornographie est devenue de plus en plus accessible, le nombre de viols a diminué de façon spectaculaire (85% de moins). Ce résultat est d'autant plus notable que le degré de sous-déclaration du viol a diminué au cours de cette même période. Néanmoins, une corrélation (plus de porno, moins de viol) ne signifie pas une causalité. Énormément d'autres facteurs ont pu aboutir à la diminution du nombre de viols au cours de cette période (changement des mentalités, augmentation des peines subies pour les crimes sexuels, libération sexuelle, baisse de la consommation d'alcool, etc). Peut-être qu'avec une pornographie moins accessible, la diminution aurait été encore plus grande. Comment savoir?

L'économiste Todd Kendall a essayé de répondre à cette question. Pour cela, il s'est intéressé au facteur qui a récemment grandement facilité l'accès à la pornographie : internet. Internet ne s'est pas diffusé à la même vitesse dans tous les Etats américains au cours de la période qu'il étudie (1998-2003). En comparant le degré de diffusion d'internet et la diminution des viols, il constate que la diminution des viols a été beaucoup plus rapide dans les états à forte diffusion d'internet. Dans son étude, une augmentation de 10% de l'accès à internet correspond à une diminution supplémentaire de 7.3% du nombre de viols. Cet effet reste valide, même en prenant en compte d'autres facteurs explicatifs habituels (alcool, densité urbaine, pauvreté, etc.).

Autre résultat notable : ce résultat est plus marqué pour les jeunes (15-19 ans) ceux qui à l'époque étaient les plus à même d'utiliser l'internet. Que cet effet vaut pour les viols, et pas pour les autres types de crimes. Évidemment, on ne peut pas savoir si cet effet est imputable seulement à la pornographie plus accessible sur internet (même si comme chacun sait, l'internet, c'est pour le porno); mais l'auteur montre que divers éléments vont dans ce sens et qu'en tout cas, cela confirme bien plus l'idée de la pornographie comme substitut à la violence sexuelle que celle de l'incitation. On peut noter que ce résultat correspond à une autre étude, de Dahl et Della Vigna, sur l'impact de la violence cinématographique sur la criminalité.

Tout cela ne veut pas dire que l'image de la femme, telle qu'elle est véhiculée par la pornographie, soit particulièrement louable. Cela rappelle simplement qu'avant d'imputer un fait divers à telle ou telle cause, il convient d'être extrêmement prudent. Mais la prudence des scientifiques n'est guère compatible avec le commentaire à l'emporte-pièce.

(NB : tout cela ne surprendra pas les lecteurs de Sexe, drogue et économie).

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Peut-on imaginer un capitalisme sans croissance ?

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L'émission Service Public d'Isabelle Giordano sur France Inter de mardi prochain (10 mai) posera la question de savoir si l'on peut imaginer une économie sans croissance. J'aurai le plaisir d'en débattre aux côtés d'Olivier Pastré et Assen Slim. Dans la perspective de l'émission, j'ai rédigé la note qui suit. Elle n'a pas d'autre prétention que de poser le problème. Commentaires, discussions, propositions... sont evidemment les bienvenus.

 

 

L’idéologie de la modernité a associé le progrès social à la croissance économique. Si la croissance économique se nourrit de l’avancée des connaissances et des techniques, en retour, l’accroissement des richesses matérielles est garant de l’amélioration des conditions d’existence, de l’allongement de la durée de la vie, de l’élévation du niveau d’éducation, de la diminution tendancielle du temps de travail… L’énergie contenue dans l’économie capitaliste est conçue comme un puissant levier pour l’atteinte des objectifs sociaux. C’est sans doute durant les « Trente glorieuses Â» que cette idée c’est le mieux incarnée. La main invisible de l’économie – certes, régulée par un Etat keynésien fort – semblait alors Å“uvrer pour le bien de tous. Depuis, la sacralisation de la croissance reste partagée par la droite et la gauche. La gauche y voit en particulier les conditions d’une répartition plus juste et la source des moyens de financement de l’intervention publique et de la protection sociale. Ainsi, en dépit de l’alternance politique, les gouvernements successifs en sont toujours à rechercher les moyens de relancer la croissance et, avec le contexte de persistance du chômage et de tensions sur le pouvoir d’avoir, on ne prend pas grand risque à parier que la croissance comptera parmi les thèmes majeurs de la campagne électorale à venir.


Pourtant, ce que l’on est tenté d’appeler le pacte faustien entre l’économie et la société est aujourd’hui remis en cause, sous le poids de deux facteurs qui s’expriment chaque jour plus clairement.

 


Le dogme de la croissance ébranlé


Le premier est la mise en doute de l’idée que la croissance de l’économie amène ipso facto l’amélioration de la situation matérielle du plus grand nombre. La crise de fordisme et la montée d’un capitalisme financiarisé qui a libéré l’économie de nombre de ses régulations antérieures, ne se sont pas seulement accompagnées d’un ralentissement de la croissance. Dans certains pays, et particulièrement en France, elles ont généré un chômage de masse persistent qui touche plus spécifiquement les salariés les moins qualifiés et les jeunes ; elles ont conduit à rogner sur des avantages sociaux durement acquis au cours des périodes précédentes ; la répartition des revenus est devenue plus inégalitaire ; la flexibilisation du marché du travail a accru la précarité et la libéralisation des marchés financiers a favorisé l’instabilité macroéconomique et la succession de crises financières de grande ampleur… Au final, la libération des forces de l’économie semble avoir consommé le divorce entre sa logique propre et l’intérêt collectif. Dans l’Eurobaromètre du printemps 2008,  82 % des Français déclaraient anticiper que leurs enfants auraient une vie moins bonne que la leur (61 % pour l’ensemble des Européens). C’est donc la croyance dans le progrès qui se trouve ébranlée, probablement parce que le développement de l’économie est aujourd’hui pour beaucoup vécu d’abord comme synonyme d’une insécurité croissante, d’approfondissement des inégalités, d’une injonction permanente à la performance sans autre projet collectif que l’amélioration de la rentabilité… La jeune « Ã©conomie du bonheur Â» a mis en évidence au plan statistique que, passé un certain niveau, l’accroissement du revenu ne s’accompagne pas d’une élévation du niveau subjectif de bien-être des populations. Ce résultat constitue une attaque fondamentale de la pertinence de la croissance comme objectif des politiques publiques et du PIB comme indicateur privilégié de la richesse et du bien-être.


Le second facteur de remise en cause du pacte entre l’économie et la société réside, bien sûr, dans la question écologique. Il apparaît de plus en plus clairement que la formidable capacité de destruction créative du capitalisme se double d’une puissante faculté decréation destructrice qui porte atteinte à l’environnement et déstabilise ma biosphère. La prise de conscience de l’impasse à laquelle nous mène une économie capitaliste fondée sur un modèle de croissance quantitative s’est accélérée au cours de la dernière décennie, à mesure que les experts affinaient leurs diagnostics sur le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources non renouvelables, le recul de la biodiversité… L’opinion publique est aujourd’hui sensibilisée. Si les comportements individuels évoluent vers plus de responsabilité, chacun comprend que les défis à relever imposent des réponses à une autre échelle. Le pessimisme quant à notre capacité collective à y faire face dans les délais que mettent en avant les experts contribue à la crise de l’idéologie du progrès et plus généralement à la sinistrose ambiante.


La croissance se trouve donc sur le banc des accusés. Les partisans de la « croissance 0 Â» ou de la décroissance sont de retour. Parés d’habits verts, ils ont acquis une nouvelle légitimité et leur audience s’accroît, tout au moins si l’on en juge par l’abondance des publications et l’écho que les médias leur donne. Jusqu’à Nicolas Sarkozy, à l’origine de la commission Stiglitz qui a légitimé (par la présence de trois prix Nobel en son sein) et institutionnalisé la critique de l’assimilation de la production matérielle au bien-être. Si les conclusions des travaux de la commission sont guère originales, elles ont le mérite d’avoir appelé avec énergie à la construction de nouveaux indicateurs permettant de dépasser le sacro-saint PIB, accusé entre autre de ne prendre en compte ni les externalités négatives (notamment sur le plan environnemental), ni le sentiment subjectif de bien-être des populations.


Les partisans de la décroissance ne manquent pas d’arguments pour dénoncer les méfaits de la croissance. Le propos se fait toutefois plus vague et moins consensuel lorsqu’il s’agit d’envisager comment la dépasser, comment  définir un cadre alternatif d’organisation de l’activité productive, un autre système économique. Le flou est plus épais encore quant à la manière d’opérer la transition du système actuel vers le nouvel idéal. En réalité, une question fondamentale est rarement posée : une économie sans croissance est-elle imaginable ? Si l’on s’autorise à imaginer une économie autre que capitaliste, tout devient possible. Mais alors, de quelle économie s’agit-il ? Comment opérer le passage du capitalisme à ce nouveau système dans un cadre démocratique ? Les réponses à ces questions sont généralement peu satisfaisantes, sans doute parce que, après l’échec de l’économie planifiée, nous ne disposons pas de modèles alternatifs prêts à l’emploi, ni même d’un modèle un tant soit peu élaboré sur le plan conceptuel. Eu égard à l’urgence de faire face au défi écologique, la véritable question consiste donc à savoir s’il peut exister une économie à dominante capitaliste sans croissance.


 

Un capitalisme sans croissance ?


A court terme, la réponse semble claire. La crise financière, en nous privant temporairement de la croissance, nous a rappelé notre dépendance à son égard. Sans un niveau minimum de croissance, c’est le chômage qui s’accroît, les comptes publics qui se dégradent, le pouvoir d’achat (qui préoccupe tant les Français) qui stagne ou qui s’érode…


A moyen terme, on voit mal, sans croissance, comme assurer le retour vers l’équilibre des finances publiques et le financement de la protection sociale ; comment faire face aux moyens croissants qu’il faudra consacrer au paiement des retraites, à la satisfaction de la demande en matière de santé, à la prise en charge de la dépendance… Sans croissance, une part croissante du revenu des actifs devra être consacrée au financement d’une protection sociale dont la qualité se trouverait menacée. Face à des prélèvements en progression, le revenu disponible pour la consommation se trouverait amputé, alors même que le retour des tensions inflationnistes sur les produits de base commence à élever le coût des dépenses contraintes, affectant d’abord le pouvoir d’achat des classes les plus défavorisées. Certes, on peut imaginer de vivre heureux en consommant moins, en reconnaissant qu’une part de nos dépenses correspond à des besoins superflus, largement suscités par le marketing de l’offre, que nous avons beaucoup à gagner à découvrir les charmes et les vertus de la « sobriété joyeuse Â»â€¦ Mais, outre que ce modèle de civilisation semble encore loin de séduire les masses, il fait l’impasse sur la question de fond : structurellement, une économie capitaliste peut-elle tout simplement fonctionner sans croissance ?


C’est là une question d’une redoutable complexité vis-à-vis de laquelle les économistes n’ont pas de réponse simple et consensuelle à fournir. Il semble clair que, à l’échelle microéconomique des entreprises, la combinaison de la recherche du profit (exacerbée dans le cadre du capitalisme actionnarial contemporain) et du jeu de l’ Â« esprit animal Â» qui anime les entrepreneurs est à l’origine d’une formidable source d’énergie qui pousse vers le toujours plus, le toujours plus loin. C’est d’ailleurs sans doute une des raisons principales qui expliquent que les formes alternatives de gouvernance des activités économiques (entreprises publiques, économie sociale et solidaire, communautés du « libre Â»â€¦) ont rarement pu s’imposer ailleurs que dans les interstices du système, ses segments les moins rentables, les plus inadaptés à l’activité marchandes. Le capitalisme se pense en mouvement, dans le changement quantitatif et qualitatif permanent. Mais peut-être que ce qui est vrai à l’échelle microéconomique ne l’est pas nécessairement au niveau macroéconomique. Peut-être est-il pensable que les entreprises, une à une, puissent se trouver dans une dynamique de croissance au sein d’une économie globalement stationnaire. A tout le moins, une telle configuration correspondrait à une situation d’extrême violence concurrentielle, la croissance pour les firmes devenant un jeu à somme nul, avec des conséquences sur l’emploi, les salaires… difficiles à imaginer. L’effet des gains de productivité réalisés par les entreprises dans ce contexte conduirait immanquablement, sans croissance macroéconomique, à l’augmentation du chômage. La conversion systématique des gains de productivité en réduction du temps de travail – qui est une option séduisante et qui s’est vérifiée dans le temps long au cours de l’histoire du capitalisme – ferait peser des risques importants sur la compétitivité internationale des entreprises et l’attractivité de la France comme lieu de localisation des activités productives. Bien évidemment, la question se poserait en termes plus optimistes si le changement de logique économique intervenait à l’échelle planétaire. Les difficultés que rencontre la communauté internationale pour réformer – à la marge – un système financier dont chacun s’accorde sur le fait qu’il n’est pas tenable indique à quel point une telle perspective est utopique.


Devant les incertitudes concernant la viabilité d’une économie capitaliste sans croissance, il convient sans doute de déplacer la question en s’interrogeant sur la possibilité d’une autre croissance, qui permettrait de réconcilier l’économie et la société, qui reviendrait à faire rentrer la bête sauvage dans sa cage, et de retrouver les moyens de canaliser sa formidable énergie dans le sens du bien commun. Ce qui est donc en jeu n’est rien moins que de promouvoir un autre modèle de croissance, dans lequel la richesse s’évalue en termes moins quantitatifs que qualitatifs. Une réflexion autour d’un nouveau modèle de croissance susceptible de réconcilier l’économie et la société doit probablement viser l’atteinte simultanée des conditions suivantes : apporter des opportunités de croissance rentable aux entreprises et, au plan macro, un volume d’activité suffisant pour approcher du plein emploi ; mieux satisfaire les besoins des populations ; économiser la consommation de ressources non renouvelables et réduire les émissions de gaz à effet de serre ; promouvoir un emploi de qualité et une répartition des revenus équitable.

 

 

Des pistes existent


Des pistes existent, qui commencent seulement à être explorées à une échelle significative, pour un découplage entre la croissance économique et de la consommation de ressources non renouvelables.


Il est bien sûr le développement des énergies nouvelles. Il y a également l’éco-conception, qui consiste à concevoir des biens et des services afin de minimiser l’empreinte environnementale de leur production, de leur consommation et de leur recyclage. Plus loin de l’organisation actuelle de l’activité productive, l’économie circulaire offre des perspectives intéressantes de couplage d’activités complémentaires, les rejets des unes devenant des ressources pour les autres. Un potentiel considérable réside probablement dans la mise en place d’une économie centrée sur la fourniture d’effets utiles aux populations plutôt que sur la production de marchandises en soi. Cela passe par l’adoption de modèles économiques d’entreprise dans lesquels la croissance et la rentabilité passe moins par la quantité de produits vendus mais par la qualité des effets utiles fournis aux clients. L’aboutissement de cette logique est l’économie de la fonctionnalité, qui consiste à substituer la vente de services à la vente de biens, à faire de la satisfactions des besoins l’objet centrale de la relation marchande en lieu et place de la cession de droits de propriété sur des produits, sur le modèle de Vélib ou d’Autolib en matière de mobilité urbaine.


Chacune de ces pistes peut être envisagée dans le cadre d’une économie capitaliste. A condition d’inciter les entreprises à les exploiter énergiquement, car on ne lâche pas si facilement des modèles éprouvés et qui, tant bien que mal, fournissent aux firmes les résultats de court terme escomptés, pour s’engager dans l’aventure incertaine de l’exploration de nouveaux modèles. A ce jour, le rythme est insuffisant. Un accompagnement institutionnel est nécessaire, qui joue simultanément sur les contraintes, les incitations, l’aménagement des règles du jeu concurrentiel. L’émission de droits environnementaux négociables sur des marchés organisés à cet effet ainsi que la fiscalité verte sont a priori des outils puissants. Il nous faut faire preuve d’imagination collective pour Inciter les entreprises à s’engager dans la voie de la qualité, trouver les voies permettant de faire dépendre leur rentabilité de comportements vertueux. Par exemple, mieux informer les consommateurs sur les performances et le coût d’usage des produits est une manière d’orienter la concurrence sur les marchés en direction de la qualité et de la durabilité. Allonger très significativement la durée de la garantie légale sur les produits de consommation est une autre voie d’intégration de la durabilité dans l’équation de rentabilité des entreprises.


Les écologistes et les partisans de la décroissance pourront rétorquer que ce type d’approches, qui tente de composer avec l’existant, sans rupture, n’est pas à la hauteur des enjeux et qu’il est condamné à se heurter aux fameux « effets rebonds Â» qui fait que les économies de ressources et d’émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être ainsi réalisées, se trouveraient rapidement compensées par les conséquences de la poursuite de la croissance. Peut-être. Mais on aura au moins gagné du temps. Un temps qu’il faudra mettre à profit pour trouver des solutions innovantes, orienter le progrès techniques dans les directions prioritaires. Au cours de l’histoire, le capitalisme a manifesté une capacité d’adaptation spectaculaire, se nourrissant et se renforçant de sa critique. Notre meilleur allié dans les épreuves qui nous attendent est sans doute cette énergie contenue dans ce système. Apprenons (ou ré-apprenons) à la maîtriser pour la mettre au service du bien public plutôt que de prendre le risque de lui porter atteinte.


Philippe Moati

Blog : www.philippe-moati.com

 

 

Pour aller plus loin :


GADREY J., Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire, Les Petits Matins, Paris, 2010.


JACKSON T., Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable, De Boeck, Bruxelles, 2010.


MOATI Ph., « Cette crise est aussi celle de la consommation Â», Les Temps Modernes, octobre 2009, pp. 145-169.


PRIETO M., SLIM A., Consommer moins pour vivre mieux ? Idées reçues sur la décroissance, Le Cavalier Bleu, Paris 2010.


STIGLITZ J. SEN A., FITOUSSI J.-P., Richesse des nations et bien-être des individus : performances économiques et progrès social, Odile Jacob, Paris, 2009.

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Les liens du matin (92)

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C.H. * « The math of social networks » – UnderstandingSociety * « L’inefficacité économique des familles royales, un billet people » – Mafeco * « Opération Fortitude, jeu de transmission d’information et rationalité limitée » – Expeconomics

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L’inefficacité économique des familles royales, un billet people

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Chez Mafeco on ne perd pas une occasion de faire un billet people quand elle se présente, surtout quand il s’agit de mariage (rappelez-vous ce billet). Alors quand un héritier possible des couronnes de Papouasie-Nouvelle-Guinée mais aussi d’Angleterre se marie, à défaut de pouvoir regarder une cérémonie aussi émouvante pour cause de piscine ou de conférence d’histoire des marchés financiers, il faut absolument trouver un sujet qui puisse servir de prétexte à un billet répondant à l’événement.

Via le commentaire de Thomas sur le dernier billet, qui faisait référence à l’un des premiers billets du blog, portant sur les cascades informationnelles et le porc à la dijonnaise, je me suis rappelé que justement un article connu (des spécialistes) dans le même champ s’intéressait aux familles royales. Coup de chance, parce qu’à ma connaissance c’est la seule occurrence d’un intérêt porté par des théoriciens à une famille royale, ou même princière, même s’il y a des projets de recherche en cours portant sur ce sujet brûlant. Illustrons donc le raisonnement de Venkatesh Bala et Sanjeev Goyal (puisque ce sont les théoriciens en question, qu’Emmeline suggère spirituellement de rebaptiser Gala et Royal) dans leur article de 1998 publié dans la Review of Economic Studies (REStud comme on dit chez nous), et sobrement intitulé « Learning from Neighbours ».

Supposons que les différents membres d’une société aient chacun une décision similaire à prendre, dans un environnement d’information incomplète. Par exemple dans le billet déjà cité les consommateurs faisaient face à plusieurs restaurants et ne savaient pas a priori lequel était le meilleur. Aujourd’hui, pour rester dans l’ambiance, supposons que la société est composée d’un certain nombre de familles qui à chaque « période » doivent marier une de leurs filles (c’est une hypothèse importante, pas simplement du sexisme), laquelle doit décider de la longueur de sa traîne, après consultation éventuelle avec sa famille.

Force est de constater que c’est un choix délicat. D’abord parce qu’il y a plusieurs options (pas de traîne, longue traîne, traîne courte, portée par qui etc.), parmi lesquelles il est difficile a priori de choisir la meilleure sans avoir davantage d’information. Idéalement il faudrait assister à un grand nombre de mariages caractérisés par des mariées plus ou moins traînantes, comparer et se faire une idée de la meilleure solution (avec un certain intervalle de confiance, et en couvrant les pertes possibles en cas d’erreur via des contrats dérivés adéquats). C’est ce qu’il est difficile de faire en général : chaque mariée n’a pu assister qu’à un nombre statistiquement faible de mariages dans sa vie, trop faible peut-être pour l’aider efficacement dans son choix. C’est ce que Bala et Goyal appellent learning from neighbours : chaque acteur n’apprend pas des choix faits par tous les autres, mais seulement par le sous-ensemble plus ou moins réduit de ses connaissances personnelles.

Supposons d’abord l’absence de famille royale, notre société serait une république par exemple (il y a aussi des mariages médiatiques certes, mais couverts avec bien moins de détails. En plus un président de la République se marie statistiquement moins souvent à l’église qu’un prince, ce qui non seulement est shocking mais en plus pourrait sembler néfaste à l’agrégation d’information). A chaque période un certain nombre de femmes se marieront, et décideront de la longueur de leur traîne en fonction à la fois de leurs croyances a priori (certaines aimeront a priori les longues traînes, d’autres les exècreront) et des mariages auxquels elles ont pu assister parmi leurs « voisines ». Il est possible notamment que a priori une future mariée exècre les traînes, mais ayant vu trois de ses amies en porter à leur mariage elle peut se dire que la traîne doit avoir des avantages qu’elle ne saisit pas, ou être plus appréciée des invités, ou fait plus chic, ou que sais-je encore. En conséquence de quoi la même future mariée pourrait choisir de porter une traîne à son tour. C’est ce qu’on appelle du herding (comportement moutonnier) rationnel : la mariée choisit d’ignorer son « signal privé » (son absence de goût pour les traînes) pour suivre le « signal public » (le fait qu’elle a assisté à beaucoup de mariages avec traîne). Ce comportement mimétique peut être une bonne chose : si porter une traîne est en effet le bon choix, la mariée aura eu raison ex post de se dire que si beaucoup de ses amies ont fait ce choix elles devaient avoir de bonnes raisons, et de ne pas s’obstiner dans son idée première. Mais si porter une traîne n’est pas le bon choix, on a deux effets négatifs : d’abord la mariée a eu tort de ne pas suivre son idée première, et ensuite en « suivant le troupeau » elle-même elle ne fera que donner plus d’incitations à ses amies qui se marieront après elle à porter une traîne à leur tour.

Deux problèmes peuvent donc se poser : il se peut que tout le monde finisse par imiter les premières mariées qui aimaient à tort les traînes (ou à tort ne les aimaient pas), si bien que toutes les mariées pour toujours prendront systématiquement la mauvaise décision. C’est ce qu’on appelle une cascade informationnelle : comme chacune n’assiste qu’à des mariages avec traîne, impossible de savoir ce que la mariée pensait des traînes ou de comparer avec l’autre option. Deuxième problème, du fait que chaque mariée n’apprend que d’un nombre limité d’amies, l’apprentissage social est lent et beaucoup de mariées devront effectuer un mauvais choix avant que la supériorité de la traîne ou au contraire son infériorité ne soient reconnues de tous.

C’est pour répondre à ce genre de problèmes que la Providence nous a dotés des Windsor, et de quelques autres familles du même genre et d’ailleurs souvent apparentées. Les Windsor sont en effet peut-être la seule famille qui n’est la voisine de personne (nec pluribus propinquus, comme disait Louis XIV quand on lui demandait pourquoi il préférait résider à Versailles plutôt qu’à Paris) mais dont les mariages sont observables par tout le monde. Nul doute d’ailleurs que beaucoup de gens n’en sachent plus sur tel mariage princier que sur celui de leurs amis. Voilà donc un bon moyen d’apporter de l’information, non seulement sur la question de la traîne (qui a suscité un intérêt considérable, et des paris pour un montant probablement équivalent au PIB de certaines des possessions de la couronne britannique), mais aussi sur tant d’autres questions sur lesquelles Nadine de Rothschild comme Jacques Gandoin restent singulièrement évasifs : kilt ou costume pour la soirée, caviar ou œufs de lump etc. Notons que nul n’est obligé de faire comme la famille royale, la supériorité de la confiture de groseilles épépinées à la plume d’oie ne s’est pas encore imposée comme une évidence dans toutes les têtes, mais cela apporte une sérieuse observation à prendre en compte avant de choisir.

On serait donc tenté de se dire que le mariage de William et Kate sert au moins à ceci qu’il apporte une information importante (en l’occurrence en faveur des traînes) à des millions de mariées en proie à des doutes existentiels sur cette délicate question. Information qui vaut, peut-être, l’argent de poche versé aux Windsor. Tragique erreur, comme le montre le modèle auquel nous arrivons.

Commençons par supposer que la société est « connectée », c’est-à-dire que pour deux individus i et j on peut trouver un voisin de i qui a un voisin qui a un voisin qui a pour voisin j, en multipliant au besoin le nombre de voisins intermédiaires. Supposons également que cette société est très grande, plus grande que le jardin de mon oncle, par exemple composée de millions d’habitants.

Un premier résultat est qu’au bout d’un certain temps toutes les mariées vont choisir la même solution. En effet, si ce n’était pas le cas, cela voudrait dire que quelques irréductibles porteuses de traînes continuent à choisir cette solution en dépit de l’observation de leurs voisines qui n’en portent pas. Au bout d’un moment il faut soit que les irréductibles finissent convaincues de leur erreur, soit qu’elles convainquent les autres.

La question est alors tout le monde finira-t-il par converger vers la bonne solution, ou vers l’autre ? Avec une famille royale, les deux peuvent se produire. Imaginons que la traîne soit la mauvaise solution, mais qu’on assiste à trois mariages princiers avec traîne (ie. trois membres de la famille royale ont reçu un signal en faveur de la traîne alors même qu’il s’agit de la mauvaise solution, ce qui arrive avec une probabilité positive quoique faible, inférieure à 1/8 dans un cas simple binaire). Les mariées, étant bayésiennes, vont observer trois mariages avec traîne, plus les mariages de leurs amies. Si chaque mariée a relativement peu d’amies qui se sont mariées, le signal envoyé par la famille royale va dominer et toutes les futures mariées imiteront la famille royale. Puisque à partir de ce moment-là toutes les mariées suivront le même comportement, il ne sera plus possible d’apprendre quoi que ce soit, et les mariées porteront des traînes pour toujours à cause de la famille royale, génératrice de cascades informationnelles.

Sans famille royale en revanche, on peut montrer que l’on converge nécessairement toujours vers la meilleure solution : en effet même si dans certains « voisinages » de la société tout le monde peut localement se mettre à adopter des traînes, en moyenne il y aura plus de voisinages où la bonne solution prédominera. La société étant connectée, l’influence de ces voisinages finira nécessairement par se faire sentir et conduira les porteuses de traîne à changer d’opinion.

En revanche les auteurs restent muets sur l’arbitrage entre rapidité d’adoption de la solution optimale et probabilité d’adoption de la solution erronée. Néanmoins si l’on évalue le bien-être collectif en donnant suffisamment de poids aux générations futures l’absence de famille royale est optimale, car elle conduira à de beaux mariages dans le futur (ce qui fera plus que compenser l’absence de pétrole et autres inconvénients).

Pour finir je reprends la figure de l’article de Bala et Goyal. La courbe pourrait représenter l’évolution du pourcentage de mariées avec traînes parmi la population, en partant d’une période initiale où presque tout le monde choisit la traîne. Les rectangles montrent l’évolution de l’adoption des robes sans traînes au cours du temps dans une société où les individus sont des petites cases dans un grand rectangle (chacun a donc 8 voisins). En gris clair on a une mariée avec traîne, en noir une mariée sans traîne. On observe bien comment la solution sans traîne se répand petit à petit par voisinage, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un point avec traîne en t=250 (représentant « Kate » ?).

Concluons donc sur l’idée que, de même qu’on sait grâce à Robert Oxoby que des deux chanteurs d’AC/DC Brian Johnson était meilleur que Bon Scott du point de vue de la théorie des jeux expérimentale, la république est un bien meilleur système que la monarchie lorsqu’il s’agit d’éviter des cascades informationnelles. On ne trouve pas trace de ce point chez Tocqueville à ma connaissance, mais à en croire Christophe Chamley (qu’il faut créditer d’un des meilleurs ratios fun de la couverture/démagogie du contenu de tous les livres d’économie) un argument similaire aurait été avancé par Gabriel Tarde. Nul doute en tout cas que les révolutionnaires de l’an I avaient parfaitement anticipé ce résultat, encore que les premières observations aient été légèrement décevantes : ils décidèrent néanmoins de poursuivre l’expérience, conscients du fait que la supériorité de la république était un résultat asymptotique.

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Un débat sur la sélection de groupe

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C.H. On peut trouver par ici les vidéos des interventions de plusieurs chercheurs (économistes, biologistes, philosophes) dans le cadre d’un débat sur la sélection de groupe qui s’est tenu l’année dernière. Herbert Gintis était notamment l’un des intervenants : L’intervention du philosophe Samir Okasha est particulièrement intéressante : Okasha oppose la « vraie » sélection de groupe à [...]

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Bon, les gars… quand les commentaires sont fermés sur un billet…

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C'est pas la peine de nous envoyer des mails de trois pages, hein... C'est pas lu.

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recrutement en évaluation des politiques publiques

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Recrutons chercheurs associés en économie, niveau junior ou senior. Doctorat en économie requis. Informations: CHERCHEURS ASSOCIES

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Are randomised trials the future of economics?

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C.H. A lire en ce moment sur le site de The Economist ce forum sur les RCT (randomized controlled trials) en économie. La question est d’actualité puisque sort l’ouvrage d’Esther Duflo et Abhijit Banerjee, Poor Economics, Banerjee et Duflo sont parmi les précurseurs dans l’utilisation à grande échelle des RCT en économie. Ils défendent cette [...]

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Not so cheap talk

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C.H. Le terme de « cheap talk » (que l’on pourrait traduire par « paroles en l’air ») est utilisé pour qualifier l’éventuelle phase de communication entre joueurs qui précède une interaction stratégique. Au contraire du signaling où, dans un contexte d’information incomplète, la communication peut véhiculer de l’information, le cheap talk n’a aucune incidence sur la nature de [...]

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